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Histoire
Baptiste Marcet
Germaine Tillion
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chateau
Le château flambe…

 

 

Le 12 novembre 1698 le marquis, Yves V Tourzel d’Allègre vient de Versailles à Allègre.

 

Le 15 un grand vent excite le feu. Un incendie se déclare et se propage aux charpentes. La toiture du « pavillon de la tour où sont les papiers communs appelés le Trésor » flambe.

 

Au son des cloches, cinq cents personnes accourent et font la chaîne.

 

Le château s’embrase en moins de cinq heures.

 

Il n’est cependant pas abandonné. Dès janvier 1699 le marquis fait « réparer » les communs puis le château lui-même. Son gendre poursuit les travaux. En vain.

 

Une desfilles du marquis fait édifier un manoir moderne aux pieds des ruines qu’elle aime, derrière lequel elle projette de grands jardins à la française.

 

Elle meurt en 1756. Son fils vend le marquisat et les terres d’Allègre qui sont dépecées.

 

Depuis ? Les intempéries ont raviné les ruines. Les propriétaires ont réutilisé ou vendu les plus belles pierres. Les habitants sont venus puiser dans cette « carrière » qui explique le nombre des pierres de réemploi à Allègre.

Abandonné lui aussi le manoir de la comtesse de Maillebois dont le rez-de-chaussée, décoré de noir et de rouge, servit de salle de justice de Paix après la Révolution.

 

Il est rasé au début du 19e siècle de même que le portail Nord, la chapelle castrale, la poterne Est et d’autres pièces de la construction du Château.

 

Patrimoine…

 

La Potence ? Le mur qui reliait les deux demi-tours pleines de la façade Sud s’est écroulé laissant un grand vide qui fait penser à un immense gibet ou à un portail géant. Miracle, le couronnement de mâchicoulis tréflés est resté en équilibre entre les deux tours !

 

En 1946, les mâchicoulis ont bien failli tomber, suscitant un grand émoi chez tous les amoureux de notre cité en France comme à l’étranger : l’association des « Amis d’Allègre » était née.

 

La tradition a nommé ces miraculeux vestiges « La Potence ».


 

 

Un peu d’histoire

 

 

 

Aujourd’hui centre de la France, l’Auvergne et le Velay furent longtemps provinces frontières.

 

Frontière entre les seigneurs du Domaine Royal, ceux d’Aquitaine, de Bourgogne ou de Savoie, etc. Frontière nord-sud (Monts du Forez) des terres de Jean duc de Berry et d’Auvergne, comte de Poitiers.

 

Pendant les « Guerres de Cent Ans » notre pays fut traversé par « l’Anglais », Gascons, Bretons, « Belges », etc. courant d’Aquitaine en Bourgogne.

 

Les terres et le château d’Allègre furent une place d’importance sur cette frontière.

 

Les Tourzel, nouveaux seigneurs d’Allègre bâtirent leur château entre 1393 à 1435 sur le neck volcanique à l’extrémité sud du rebord du cratère du mont Baury au pied duquel était le bourg de Grazac.

 

Ce fut « une bastille en paquet de chandelles » de 9 tours rapprochées reliées par de solides courtines.

 

Quelques « nouveautés » militaires furent son couronnement supérieur en terrasse, partout à la même hauteur, sur lequel on déplaçait rapidement hommes et bouches à feu, et des canonnières-archères basses pour les tirs rasants. Influences de la toute récente Bastille de Charles V, frère du duc de Berry, protecteur du nouveau seigneur d’Allègre.

 

L’ensemble comprenait trois espaces successifs et 23 tours.

 

 

 

 

 

Voulez-vous en savoir plus ?

 

Alegre ou Allègre ?

 

 

« Alegre » : gaillard, vif, élevé. Ainsi nomma t’on ce lieu élevé, ensoleillé et venté du Velay. Les terres d’Allègre s’étendent entre 1000 et 1100 m sur quatre volcans : Mont-Bar, Mont-Baury, Montchaud, Ringue.

On écrit Alegre pour la première famille et Allègre pour la cité. Le nom de la famille (de alegrio), s’est fixé au 12e siècle, en latin, sans accent sur le e. Le nom du village ne s’est stabilisé que bien plus tard, progressivement, avec deux L et un accent.

 



Leurs écus

 

La première famille d’Alègre avait élevé ses terres au rang de seconde baronnie vellave et blasonnait « de gueules, semé de fleurs-de-lis d’or ».

La baronnie d’Allègre échoit aux chevaliers de Tourzel qui portaient « de gueules, à une tour crénelée d’argent, ajourée et maçonnée de sable ».

 

Tel est l’écu du gisant en marbre d’Yves II mort en 1512. Tel était encore le sceau du dernier marquis d’Allègre au début du 19e siècle.

 

De 1525 à 1527 apparaît le nouvel écu de Gabriel, baron puis marquis d’Allègre, bailli de Caen : « de gueules, à une tour d’argent, crénelée de cinq pièces, ajourée et maçonnée de sable, accostée de six fleurs-de-lis d’or en deux pals ». On trouve cinq fleurs-de-lis en 1526, six « en orle » autour de la tour et six en deux pals de trois en 1527.

 

Telles sont les armes portées à Allègre de nos jours. Disposition inchangée depuis 1527 ? Pas du tout. Un exemple au milieu du 17e s : Marguerite d’Alegre, épouse de Charles Emmanuel Lascaris d’Urfé, fait représenter les fleurs-de-lis en orle à la Batie d’Urfé où vous pouvez les voir.

 

 

 



Des d’Alegre aux Tourzel d’Allègre

 

 

Les d’Alegre, chevaliers puis barons, sont connus sur ces lieux dès 1122 (Antoinette d’Alegre) et leur filiation établie depuis 1220.

 

Eustache lie sa baronnie Vellave à l’Auvergne en menant en 1321 un long procès contre la sénéchaussée de Beaucaire qui voulait la tenir attachée au Languedoc.

 

Ces premiers d’Alegre s’éteignent en août 1361 avec Armand IV tué lors d’une razzia de Thomas de la Marche ou par les « routiers » de Seguin de Badefol, la « compagnie à Margot ». « Routiers », du Latin rutta, est le nom, devenu péjoratif vers 1350-1370, des « Tard Venus », compagnies tantôt mobilisées, tantôt congédiées sans solde pendant les Guerres de Cent Ans, et qui pillaient les excellentes récoltes du Velay de ces années-là.

 

Le bourg de Grazac fut ruiné, mais la forteresse des Alegre assiégée en 1361 et en 1365 ne fut jamais prise.

 

La veuve d’Armand IV et son neveu se disputent alors la baronnie. Le duc de Berry tranche en y plaçant Morinot de Tourzel, un de ses deux principaux favoris.

 

Demi frère de Charles V et oncle de Charles VI, rapace notoire et esthète reconnu, Berry conforte ses domaines en plaçant ses affidés le long de ses frontières.

 

La nouvelle famille venue de Tourzel-Ronzières (Puy de Dôme) écarte ses rivaux de 1385 à 1393, puis bâtit sa «bastille » et ses enceintes.

 

Dès lors le château et la ville appartiennent à ces puissants chevaliers de Tourzel, Champeix, Orcival, Saint-Floret, Chaledeuf, Cunlhat, Viverols, Baffie, Ambert, etc. dont la « capitale » était Vodable, et qui deviendront les Tourzel d’Allègre.

 

Tandis que son père est capitaine de Nonette, Morinot de Tourzel refond Allègre. Son fils Yves 1er reçoit Charles VII en janvier 1425. Pierre laisse sa vie dans la boue d’Azincourt. Autorisés et confirmés par Yves (1435) et son fils Jacques (1463 et 1484), les huit Hôtels du XVe s sont bâtis dès 1435, quatre ans après la mort de Jeanne d’Arc. Bertrand, sire de Busset, marie ses filles à deux branches des Bourbon.

 

Yves II, beau frère du maréchal de La Palisse et compagnon de Bayard, est tué, ainsi que ses fils, en 1512, en Italie.

 

Gabriel reçoit François 1er en 1532 à Caen, dont il est gouverneur, puis à Allègre en 1533. Il ajoute les fleurs-de-lis d’or à la tour d’argent des Tourzel.

 

Yves III créé marquis par Henri III en 1576, sera poignardé dans le château en 1577 par ses assassins déguisés en damoiselles...

 



Les heures noires

 

 

Aux 16 et 17e siècles les Tourzel d’Allègre s’entre-tuent quand la France s’entre-égorge en guerre civile et de religion.

 

On se passe au fil de l’épée à Paris. On se canonne à Blainville, en Normandie. En Île de France, Christophe assassine Montmorency. Yves IV est massacré avec sa maîtresse, la mère de Gabrielle d’Estrées, en 1592, à Issoire dont il était gouverneur.

 

Anne devient la dernière comtesse de Laval, veuve de Guy XIX Coligny.

 

On fréquente Agnès de Langeac et François de Sales.

 

Seigneurs de Viverols et de Beauvoir, la branche cadette de Christophe 1er se détache de la maison mère en 1530.

 



Triomphe et fin de règne

 

Les Tourzel d’Allègre croient culminer par de coûteux mariages à des fils de Colbert et de Louvois. Mais c’est leur fin qui approche avec Yves V, marquis et maréchal de France, gouverneur de Metz. A Versailles où elles demeurent, son épouse et ses filles se rendent célèbres par leurs prétentions fantaisistes ruineuses que la mauvaise foi de Saint-Simon ne rate pas. Meilleur chef de guerre que maréchal de France, Yves V est stupidement mouillé au château de Sceaux dans la « Conspiration de Cellamare » et aura contribué au désespoir des Bretons du marquis de Pontcallec.

 

Sa fille Marie Emmanuelle, maréchale de Maillebois, continue la descendance.

 

En 1791, la duchesse de Tourzel, Louise Elisabeth de Croy d’Havré, sera de la fuite à Varennes sous le nom de « baronne de Koorf » par attachement à Marie Antoinette et au petit Louis XVII dont elle est la gouvernante. La duchesse, et sa fille Pauline, épouse du comte de Béarn, futur grand chambellan de Napoléon 1er, suivront Marie Antoinette et Louis XVI en prison avec la princesse de Lamballe mais échapperont à la guillotine et rédigeront leurs mémoires.

 



Si vous le souhaitez, les Amis d’Allègre vous en disent plus sur leur site : « amisdallegre.free.fr »